Débat sur le passeport vaccinal au Québec

Canada passport with boarding pass on the table

Malgré un lent début, la vaccination semble reprendre un bon rythme dans la province de Québec. En date du 9 avril 2021, l’Institut national de santé publique du Québec recensait 1 754 749 doses administrées, ce qui élève le pourcentage de la population québécoise vaccinée à 20.6%. Dans la région de la Capitale-Nationale seulement, le Journal de Québec rapportait que samedi le 10 avril, 6 128 personnes ont officiellement été vaccinées, un record qui démontre une montée de la peur du virus chez les citoyens. Dans cette région durement touchée par la COVID-19, la vaccination de nuit a également été instaurée pour une première fois dans la province en fin de semaine, permettant d’administrer 950 doses supplémentaires.  

 

En orbite de cette progression de la vaccination au Québec, la possible implantation d’un passeport vaccinal soulève un nouveau débat dans les médias ainsi que dans la sphère politique. En effet, à la fin du mois de février dernier, le gouvernement Legault songeait déjà à mettre en place un passeport de vaccination numérique pour les Québécois qui seraient vaccinés contre la COVID-19 et qui voyageraient à l’étranger. Christian Dubé, le Ministre de la santé et des services sociaux, l’a d’ailleurs comparé à une carte d’embarquement qu’il serait possible de télécharger sur un téléphone intelligent à partir d’un code QR. À la suite de cette annonce, le Directeur national de santé publique, Dr. Horacio Arruda, a mis en garde les Québécois quant à l’effet relatif de ce passeport. En effet, il estime qu’il faudra notamment déterminer la durée entre l’administration du vaccin et l’émission d’une confirmation, puisque la protection du vaccin n’est pas immédiate et prend quelques semaines avant de faire effet.

 

Quelque temps plus tard, le Ministre Dubé est venu tempérer cette idée en soulignant qu’il ne serait pas question d’exiger une telle preuve pour permettre l’accès aux restaurants et aux événements suite aux réactions de l’opposition. Dès le mois de février, les partis de l’opposition ont rapidement soulevé plusieurs enjeux éthiques et de discrimination qui pourraient surgir si une telle mesure était instaurée au niveau provincial. Notamment, on se demande si un propriétaire d’immeuble pourrait exiger une preuve de vaccination pour louer un logement. Du côté éthique, Monique Lanoix, professeure agrégée au Département de philosophie de l’Université Saint-Paul, souligne que le passeport vaccinal, même si initialement exigé pour les voyages uniquement, risque de se voir victime d’une pente glissante. En effet, elle craint qu’une fois cette mesure adoptée, il sera d’autant plus facile pour les restaurateurs ou commerçants d’en demander la preuve également, causant une discrimination liée à l’état de santé. 

 

Au début du mois d’avril, l’Institut national de santé publique a finalement tranché la question. Effectivement, La Presse rapportait le 1er avril 2021 que le Comité d’éthique de l’INSPQ s’est positionné plutôt favorablement à l’instauration d’un passeport immunitaire dans le contexte de la pandémie. Le Comité se dit donc relativement en accord avec le fait qu’une preuve de vaccination soit requise pour permettre l’accès à certaines activités. Dans son analyse, le Comité d’éthique dit avoir pesé les bénéfices en termes de liberté et de solidarité, qui se sont avérés plus significatifs que les inconvénients en termes d’équité et de vie privée. Selon ces experts, cette mesure doit néanmoins revêtir un caractère complémentaire et temporaire en attendant que la population québécoise atteigne un stade d’immunité collective. 

 

Au niveau fédéral, le Premier Ministre Justin Trudeau est demeuré prudent sur la question. Il s’en est tenu à mentionner que son gouvernement allait suivre les recommandations des experts à ce sujet.

 

En amont de ce débat au Québec, Le Devoir rapportait en mars 2021 que la firme de sondage Léger avait sondé l’idée chez les citoyens canadiens. En effet, 52% des 1 532 répondants à travers le Canada ont indiqué être en accord avec l’idée qu’un passeport de vaccination soit exigé pour certaines activités publiques. Dans le sondage, on compare le système à naître au Canada à celui d’Israël actuellement. On expliquait aux participants que l’État d’Israël fonctionne présentement avec un système de code-barres sous forme de badges verts fournis aux personnes vaccinées pour leur donner accès aux lieux publics tels que des musées et des théâtres.

 

Ce billet de blog a été rédigé par un étudiant de CCLA-PBSC Rights Watch. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l’ACLC ou de PBSC.

 

This blog post was written by a CCLA-PBSC Rights Watch student. Views expressed do not necessarily reflect the view of the CCLA or PBSC.