Déjà un lourd bilan de violence conjugale au Québec en 2021

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Un triste bilan s’abat sur le Québec ce mois-ci. En effet, au mois de février dernier, la province comptait malheureusement cinq féminicides en un mois seulement. Les diverses plateformes médiatiques québécoises ont recensé cette triste statistique quelques jours après le plus récent meurtre conjugal ayant eu lieu à Ste-Sophie, où l’ex-conjoint de Myriam Dallaire aurait assassiné brutalement cette dernière, âgée de 28 ans, ainsi que sa mère Sylvie Bisson, âgée de 60 ans, à coup de hache. Le principal accusé de ce double féminicide serait bien connu des corps policiers de la région, ayant à son actif un lourd casier judiciaire empreint d’actes violents, qui lui aurait valu une peine d’emprisonnement de plusieurs mois en 2011.

À cet égard, plusieurs organismes luttant contre la violence faite aux femmes ont déploré ardemment les effets dangereux de la pandémie et du confinement sur les femmes isolées avec un conjoint violent. Parmi ceux-ci, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale s’indigne du sous-financement des milieux d’aide dans ce domaine, problématique qu’elle qualifie d’ailleurs comme chronique. En effet, les chiffres ne mentent pas : annuellement, la Fédération des maisons d’hébergement doit refuser jusqu’à 15 000 demandes de femmes violentées à la recherche d’un refuge temporaire, en raison d’un manque d’espace et de sous-financement. Or, selon ceux et celles qui œuvrent sur le terrain, les ressources sont d’autant plus nécessaires alors que la demande est en constante augmentation depuis le début de la crise sanitaire. Depuis le début de l’année 2021 seulement, l’organisme SOS violence conjugale affirme avoir déjà reçu près de 35 000 demandes cette année.

Ainsi, l’Institut national de Santé publique du Québec s’est penché sur cette problématique en contexte de pandémie pour y faire ressortir des statistiques des plus alarmantes. Depuis le mois d’avril, on remarque un accroissement marqué des signes précurseurs de violence conjugale. Effectivement, une femme sur 10 (9,9 %) et un homme sur 20 (6 %) a déclaré ressentir beaucoup ou énormément d’inquiétude à propos de la possibilité de vivre de la violence familiale pendant la crise en date du mois d’avril, selon Statistiques Canada. Entre mars et juin, c’est une hausse de 12% des demandes d’intervention policière associées à des situations de conflits ou des querelles dans un domicile privé qui a été observée, toujours selon Statistiques Canada. Toutefois, l’Institut met en garde ses lecteurs en soulignant que la violence conjugale est un phénomène largement sous-dénoncé, ce qui signifie que les chiffres recensés se collent rarement à la réalité. En raison de la crise sanitaire, cette sous-dénonciation est notamment influencée par des facteurs comme l’isolement, la réduction des contacts avec la famille et les proches, les conséquences économiques du confinement ainsi que la peur de l’agresseur résidant avec les victimes selon l’INSP. Également, l’isolement fait en sorte que les personnes touchées sont privées de nombreuses portes de sorties, telles que se réfugier chez une amie, marcher pour aller à l’école ou prendre la voiture pour aller au travail. Ce sont tous des facteurs non négligeables qui contribuent de façon importante à la fragilisation de la situation des femmes et des hommes qui vivent de la violence conjugale.

À cette augmentation des cas de violence conjugale au Québec s’ajoute la brutalité des agressions commises. Malheureusement, les cas recensés font état d’une sinistre intensification des violences commises, qualifiée par plusieurs comme « barbare ». Selon Radio-Canada, un sondage du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale mené auprès de 87 femmes ayant eu recours au soutien de ces maisons révèle que 79 % d’entre elles ont subi de la violence conjugale pendant le premier confinement au printemps 2020. À cet effet, 42 % de ces femmes affirment que cette violence était plus grave.

Le Premier ministre François Legault a d’ailleurs adressé la situation en conférence de presse le 3 mars dernier. Avant de procéder à l’explication des changements au niveau des mesures sanitaires au Québec, le Premier ministre a voulu adresser un message poignant aux hommes québécois. S’adressant directement à ceux-ci, il affirma qu’« il n’y a rien de masculin, il n’y a rien de viril à être violent avec une femme ». D’ailleurs, il a qualifié ces violences comme « lâches », se désolant notamment que cette problématique sociale subsiste à l’heure actuelle en 2021. 

 

Ressources d’aide / Helpful ressources

  • Alberta : Alberta Abuse Helpline 1-855-443-5722
  • Colombie-Britannique : VictimLinkBC : 1-800-563-0808
  • Manitoba : Ligne d’urgence sur la violence familiale : 1-877-977-0007
  • Nouveau-Brunswick : Carrefour pour femmes 24/7 ligne de crise : 1-844-853-0811
  • Terre-Neuve et Labrador : NL Sexual Assault Crisis and Prevention Centre 24/7 Support and Information Line : 1-800-726-2743 (service en anglais seulement)
  • Territoires du Nord-Ouest : Ligne d’aide des TNO : 1-800-661-0844
  • Nouvelle-Écosse : Ligne de soutien aux victimes d’abus et de violence : 1-855-225-0220 
  • Nunavut : Kamatsiaqut Nunavut Helpline : 1-800-265-3333
  • Ontario : Ligne contre les agressions aux femmes : 1-866-863-0511
  • Île-du-Prince-Édouard : Ligne d’aide de l’Île : 1-800-218-2885
  • Québec : SOS violence conjugale 24/7 : 1-800-363-9010
  • Saskatchewan : Mobile Crisis 24/7 Helpline : 306-757-0127
  • Yukon : VictimLinkBC : 1-800-563-0808

 

Ce billet de blog a été rédigé par un étudiant de CCLA-PBSC Rights Watch. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l’ACLC ou de PBSC.

This blog post was written by a CCLA-PBSC Rights Watch student. Views expressed do not necessarily reflect the view of the CCLA or PBSC.