Crise du logement au Nunavut

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Le Nunavut, dont près de 86% de la population est inuite[1], fait face à une grave crise de logements, celle-ci représentant une menace à la santé et sécurité. La crise du logement du Nunavut se caractérise par une grave pénurie de logements, des logements de piètre qualité, un surpeuplement et de l’itinérance caché. En effet, depuis une soixantaine d’années, soit l’époque où ils ont commencé à s’établir de façon permanente, les Inuits sont confrontés à des logements inadéquats et non-sécuritaires. Cette pénurie de logements adéquats entraine maintes conséquences sur notamment la santé et le bien-être des Inuits. En fait, d’importants problèmes chroniques tels que le taux élevé de la population inuite souffrant de maladies respiratoires de même que le niveau de violence familiale constituent des facteurs directement liés aux mauvaises conditions de logement[2]. De ce fait, la crise du logement augmente la vulnérabilité de la population du Nunavut à la pandémie de la COVID-19.

Le manque criant de logement au Nunavut « se traduit par des listes interminables d’attentes pour des logements subventionnés »[3]. Selon Terry Audla, président et chef de la direction de la Société d’habitation du Nunavut, la construction de 3 000 unités est nécessaire afin de réduire l’écart existant entre le Nunavut et le Canada sur le plan du logement et ainsi tenter de remédier au problème de surpeuplement[4]. Cette pénurie de logements est d’autant plus renforcée en raison de la piètre qualité des logements construits, plus souvent qu’autrement non conçus pour résister au climat nordique[5]. Les logements ne sont par ailleurs pas sécuritaires : plusieurs maisons n’ont qu’une seule porte, ceci augmentant les difficultés de sortie en cas d’incendie ou de violence familiale par exemple. La pénurie de logement du Nunavut entraine également une grave situation de surpeuplement. Selon la Société d’habitation du Nunavut, le taux de surpeuplement varie de 38 à 72% selon les communautés[6]. Enfin, en raison de la pénurie de logements, plusieurs personnes ne possèdent pas de logement habituel et se voient donc contraintes à chercher refuge auprès de la collectivité, changeant ainsi fréquemment de type de logement. Il s’agit du phénomène de l’itinérance caché, ou des « couch surfers », situation à distinguer de l’itinérance absolue qui se caractérise, quant à elle, par l’absence totale d’hébergement selon le gouvernement du Nunavut[7]. En réalité, près d’un cinquième de la population du Nunavut indique héberger une personne en situation d’itinérance en raison de la crise du logement [8], situation alors impossible à soutenir en temps de pandémie.

Le logement est étroitement lié à plusieurs phénomènes sociaux à l’instar de la santé. En effet, « de mauvaises conditions de logement sont associées à un risque accru de propagation des maladies infectieuses, des maladies respiratoires, des maladies chroniques, des blessures, une mauvaise alimentation et des troubles mentaux »[9]. À cet effet, le surpeuplement ainsi que le phénomène d’itinérance caché compliquent l’application de toutes mesures de distanciation physique en lien avec la pandémie de la COVID-19 et exacerbent les risques de contamination[10]. Ainsi, la crise du logement du Nunavut accentue la vulnérabilité de la population du territoire à la COVID-19.

La pandémie souligne toute l’importance d’un logement adéquat, c’est-à-dire conforme aux normes d’acceptabilité, soit la qualité, la taille et l’abordabilité[11]. « Le droit à un logement, c’est le droit d’un individu à son intégrité et à sa dignité »[12]. Toutefois, un écart annuel de 636 millions de dollars existe entre le montant payé par les ménages autochtones en région urbaine, rurale et nordique pour le logement et le niveau jugé abordable par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)[13], c’est-à-dire pour avoir accès à des logements adéquats. Les politiques existantes ne savent donc pas répondre aux besoins actuels de la population du Nunavut. Les politiques en matière de logement se doivent d’être une plus grande priorité pour les paliers de gouvernements.

 

Ce billet de blog a été rédigé par un étudiant de CCLA-PBSC Rights Watch. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l’ACLC ou de PBSC.

This blog post was written by a CCLA-PBSC Rights Watch student. Views expressed do not necessarily reflect the view of the CCLA or PBSC.


[1] Le logement dans l’Inuit Nunangat : Nous pouvons faire mieux!, Rapport du Comité sénatorial permanent des peuples autochtones (Mars 2017), p. 10.

[2] Ibid., p. 7.

[3] Ibid., p. 14.

[4] « Délibérations du Comité sénatorial permanent des Peuples autochtones », Senate of Canada (23 mars 2016), en ligne : <https://sencanada.ca/en/Content/Sen/committee/421/appa/04ev-52459-f>.

[5] Supra, note 1, p. 19.

[6] Société d’habitation du Nunavut, Nunavut is facing a severe housing crisis (23 mars 2016), p. 2.

[7] Supra, note 1, p. 18.

[8] Minich et al, Inuit housing and homelessness: results from the International Polar Year Inuit Health Survey 2007-2008 (2011), en ligne : <https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22152596/>.

[9] « Le logement : un déterminant social de la santé des Premières nations, des Inuits et des Métis », Centre de la collaboration nationale de la santé autochtone (2017), en ligne : <https://www.ccnsa-nccah.ca/docs/determinants/FS-Housing-SDOH2017-FR.pdf>.

[10] Nadine Badets et al., « L’impact de la COVID-19 : Les familles et le logement au Canada », L’Institut Vanier de la famille (21 juillet 2020), en ligne : <https://institutvanier.ca/l-impact-de-la-covid-19-les-familles-et-le-logement-au-canada/>.

[11] Caroline Nicol et al., « Logement pour les Autochtones vivant en milieu urbain, rural et nordique », Bureau du directeur parlementaire du budget(11 février 2021).

[12] Céline Bellot, COVID-19 et itinerance : enjeux et perspective, Options politiques (15 octobre 2020), en ligne : <https://policyoptions.irpp.org/magazines/october-2020/covid-19-et-itinerance-enjeux-et-prospective/>.

[13] Caroline Nicol et al., « Logement pour les Autochtones vivant en milieu urbain, rural et nordique », Bureau du directeur parlementaire du budget(11 février 2021).

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