Une experte de l’ONU inquiète pour la liberté d’expression au Myanmar

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’Homme au Myanmar, mme Yanghee Lee s’est prononcée sur sa récente visite du pays du 9 au 21 janvier 2017. Ce qui l’inquiète particulièrement sur la situation de cet état du sud-est de l’Asie: les représailles que risquent les individus qu’elle a rencontré au cours de sa mission. Selon elle, ceux qui sont critiques du gouvernement, ceux qui défendent ardemment les droits et libertés de tous et ceux qui, de manière générale, expriment des opinions incompatibles avec celles des autorités au pouvoir, craignent et ce, avec raison, de subir des conséquences graves.

L’experte constate notamment une augmentation de l’utilisation de l’article 66 (d) de la Loi sur les télécommunications contre ceux qui «disent tout simplement ce qu’ils pensent». Le nombre d’arrestations et de détentions arbitraires par les forces armées ne cesse d’augmenter.

Le peuple Rohingya, une minorité musulmane comptant environ 1 million d’habitants concentrés au nord de l’état du Rakhine, a été qualifié de groupe minoritaire le plus persécuté au monde. Le conseil des droits de l’Homme de l’ONU et Amnistie Internationale ont d’ailleurs exprimé que les atrocités dont ces individus sont victimes pourraient être qualifiées de crime contre l’humanité.

Le 9 octobre 2016, des individus qui n’ont pas été identifiés à ce jour, mais qu’on croit être de l’Organisation de Solidarité des Rohingya ont attaqué des camps de police frontalière et causé la mort de 9 agents de l’autorité.  L’experte rappelle que ces attaques sont survenues «dans le contexte de plusieurs décennies de discrimination systématique et institutionnalisée envers le peuple Rohingya». Depuis, l’armée du Myanmar mènent des raids dans plusieurs villages de l’état de Rakhine. Des centaines d’individus Rohingya ont été exécutés et de 20 000 à 30 000 d’entre eux ont fui vers le Bangladesh, pays voisin.   

En 2015, l’élection historique de Aung San Suu Kyi, récipiendaire du prix Nobel de la paix, et sa promesse d’une transition vers la démocratie  a entraîné une vague d’optimisme au pays. Toutefois, un an plus tard, l’experte rapporte que la population a perdu espoir: la situation est même pire qu’elle ne l’a été dans les dernières années.

Tun Khin, de l’organisation Rohingya du Royaume-Uni, déplore l’inaction de Mme Aung San Suu Kyi, nommée Conseillère d’État, et plus particulièrement le fait que cette dernière tente de couvrir les crimes commis par les forces militaires.  D’ailleurs, le rapporteur spéciale de l’ONU relate la situation du village musulman Wa Peik où elle a personnellement constaté les bâtiments brûlés. Questionnés sur le sujet, les autorités gouvernementales lui ont répondu que les habitants avaient eux-mêmes incendié leurs propriétés. Sceptique, mme Lee juge cette explication peu crédible.

En outre, l’experte constate un engagement sincère des autorités envers le bien-être de la population, mais ils doivent encore poser des actions concrètes pour remédier à la situation. Elle rappelle l’importance de solutions respectant à la fois l’État de droit et les droits de l’Homme. Justice doit être faite pour démontrer à la population que personne n’est au-dessus de la loi, y compris les forces militaires. Récemment, le gouvernement a puni les actes de quatre policiers. Il aura toutefois fallu qu’un vidéo les montrant en train de battre sauvagement des civils devienne viral sur le Web pour que les dirigeants prennent les choses en mains.

Suite à cette visite de 12 jours, la rapporteur spéciale présentera un rapport contenant des recommandations précises destinées au gouvernement du Myanmar au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU en mars 2017.

Pour lire la déclaration complète de la rapporteur:  http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=21107&LangID=E

* Les rapporteurs spéciaux sont des experts indépendants et ne sont pas rémunérés par l’ONU.

Cette publication a été écrite par une étudiante de la CCLA-PBSC RightsWatch. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement les opinions de la CCLA ou la PBSC.